En ce début 2026, quatre ministères réunis en pôle lancent une stratégie commune « Innover grâce à la science » en vue de mieux relier la recherche scientifique aux décisions publiques dédiées à la transition écologique et au développement économique. Qu’en est-il exactement ?
En France, les dépenses de R&D consacrées directement ou indirectement à l’environnement sont évaluées à 5,7 milliards d’euros en 2022, soit près de 10 % de la dépense intérieure de R&D (64,4 mrd €). Côté soutien, en plus de programmes budgétaires spécifiques, le plan France 2030 destiné à favoriser l’innovation et la réindustrialisation du pays sur la période 2021-2026 a été doté de 54 milliards d’euros(1), dont 20 % consacrés à la recherche. Ce volet recherche finance essentiellement les programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR), les programmes prioritaires de recherche (PPR), les Instituts pour la transition écologique (ITE) et les Instituts de recherche technologique (IRT).
Un contexte bousculé
Face aux défis environnementaux et climatiques et dans un contexte où la science est remise en cause et où la désinformation gagne du terrain, l’action publique a plus que jamais besoin de s’appuyer sur une expertise scientifique solide, indépendante et de haut niveau. Dans cette optique, quatre ministères(2) ont engagé en 2025 un travail de formalisation d’une stratégie de recherche. L’objectif est de constituer une « feuille de route opérationnelle afin de renforcer le rôle de la science dans les négociations internationales, de positionner les priorités du pôle ministériel dans la programmation de la recherche, d’accompagner les acteurs dans la mise en œuvre des priorités ministérielles et de mobiliser la connaissance scientifique au service de l’élaboration et du déploiement des politiques publiques », explique Brice Huet, le Commissaire général au développement durable.
La recherche en 2025
Le secteur de la recherche a connu plusieurs temps forts en 2025 à la fois au niveau national (démarrage des nouvelles agences de programme, lancement d’une nouvelle vague de PEPR, révision triennale de l’appel à projets générique de l’ANR), au niveau européen (préparation du prochain programme-cadre de recherche et d’innovation (PCRI) et au niveau international (démarrage du 7e cycle du GIEC, développement du support technique « Acquisition des connaissances » de l’IPBES, création d’un nouveau panel intergouvernemental sciences-politique sur les produits chimiques, les déchets et la pollution).
Une stratégie commune…
La stratégie « Innover grâce à la science » s’appuie sur le Réseau scientifique et technique qui compte une bonne trentaine d’organismes aux expertises complémentaires (recherche, données, ingénierie, expertise scientifique)(3) et couvrant différentes thématiques (ressources, territoires & habitat ; énergie & climat ; développement durable ; prévention & gestion des risques ; infrastructures & transports). Le RST est animé par le Commissariat général au développement durable (CGDD).
… axée sur trois enjeux scientifiques transversaux
Elle s’articule autour de trois grands enjeux : une transition juste qui n’oublie aucun territoire ni aucune population (ex. : études d’exposition aux risques, anticipation des vulnérabilités, mécanismes d’incitation verts, inégalités d’accès aux solutions notamment technologiques…) ; un futur vivable et respectueux du vivant, pour préserver la biodiversité et les ressources naturelles (ex. : intégration du concept « Une seule santé » et de la notion d’exposome, réduction de l’exposition des écosystèmes, habitabilité dans un monde soumis aux changements…) ; des territoires et des acteurs plus résilients, capables de faire face aux crises climatiques, environnementales et sociales (ex. : culture du risque, surveillance des écosystèmes, sobriété des usages, gestion durable des ressources, solutions fondées sur la nature…).
…et douze thématiques de recherche
Elle couvre douze vastes thématiques de recherche : adaptation ; atténuation ; aviation civile ; biodiversité & activités anthropiques ; énergie & ressources minérales ; océans & eaux continentales ; risques naturels ; risques technologiques ; santé & environnement ; territoires & villes durables ; transports terrestres mais aussi sciences humaines et sociales au service de la transition écologique. Chacune de ces thématiques compte plusieurs enjeux différents.
Principaux outils et instruments au service de la recherche
Les outils et instruments à l’appui de la recherche sont variés. Cela va des outils et services d’observation, de mesure et d’imagerie aux infrastructures expérimentales, en passant par les calculateurs, les e-infrastructures (bases de données…), les applications de l’IA, les outils de simulation, les plateformes scientifiques et laboratoires, les outils de mesure innovants jusqu’aux dispositifs d’ancrage territorial de la recherche (ex. : living labs, observatoires, suivis…).
Une stratégie en 18 actions
Les priorités transverses identifiées ainsi que leurs enjeux émergents ou orphelins seront portés dans les différentes instances de dialogue et de négociation à travers 18 actions. Ceci devra permettre de positionner les priorités du pôle ministériel dans la programmation et les financements de la recherche, d’accompagner les organismes de recherche dans la prise en charge des priorités ministérielles, de s’appuyer sur la science pour élaborer et mettre en œuvre les politiques publiques et, plus largement, d’influer sur les négociations internationales par la science.
Un exemple de PEPR : Diadem consacré aux matériaux émergents
Lancé en 2022, le PEPR exploratoire Diadem a vocation à accélérer la conception et l’arrivée sur le marché de matériaux plus performants, durables et issus de matières premières non critiques et non toxiques (nanomatériaux, polymères, solides métallo-organiques…) grâce à l’intelligence artificielle. Les premiers appels à projets lancés ont mis en avant deux axes clés : « Découverte accélérée de matériaux innovants et durables pour un Green Deal » et « Accélération de la maîtrise des procédés de synthèse et de mise en forme ». Ce PEPR, porté par le CNRS et le CEA, dispose d’un financement de 80 M€.
1) Notons que, en décembre 2025, le Sénat a adopté une réduction d’un milliard d’euros des crédits de France 2030.
2) Le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, le ministère de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, le ministère des Transports et le ministère de la Ville et du Logement.
3) Le RST compte des services techniques (CETU, SNIA, STAC, STRMTG, Vigicrues), des organismes de recherche (BRGM, CEA, Cerema, CNRS, CSTB, IFPen, Ifremer, IGN, Ineris, INRAE, Météo France, MNHN, ONF, Shom), des organismes de contrôle (EPSF), des agences (Ademe, ANSES, CNES, OFB) et des établissements d’enseignement supérieur et de recherche (AgroParisTech, Centrale Nantes, Chimie ParisTech-PSL, ENAC, ENGEES, ENPC, ENSM, ENTPE, université Gustave Eiffel). L’ASNR est également partenaire en tant qu’autorité indépendante administrative.
En savoir plus : « Innover grâce à la science – Stratégie pour une recherche au service de l’accélération des politiques publiques de la transition écologique, de l’aménagement du territoire, des transports, de la ville, du logement et de l’énergie – 2026-2030 », Janvier 2026, téléchargeable sur :
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/publications/strategie_de_recherche_pole_environnement.pdf