Le plan RESourceEU décrypté

La Commission européenne a adopté début décembre un plan d’action destiné à intensifier ses efforts pour garantir l’approvisionnement de l’UE en matières premières critiques. L’idée, en gros, est d’accélérer les projets pertinents et de réduire les dépendances stratégiques. Détails.

 

Des matières essentielles

Les matières premières critiques sont essentielles pour des secteurs comme l’automobile, les moteurs industriels, la défense, l’aérospatiale et les technologies bas carbone et numériques (EnR, centres de données, puces…). Mais dans ce domaine, l’Europe dépend très fortement des importations et une crise dans l’approvisionnement représenterait une véritable menace. Face à cela, la Commission a élaboré un nouveau plan d’action (RESourceEU) qui permet notamment d’accélérer la mise en œuvre du Critical Raw Materials Act (CRMA) pris en 2024 pour assurer la sécurité d’approvisionnement de l’UE (v. encadré).

 

Les principaux objectifs du CRMA

La demande croissante en matières premières stratégiques entraîne une course géopolitique pour accéder aux ressources. Après une Stratégie de sécurité économie en 2023, la Commission a adopté le CRMA en avril 2024. Ce règlement fixe des priorités d’action et des objectifs de référence pour les capacités nationales pour renforcer l’autonomie stratégique de l’UE. Celle-ci doit notamment avoir, d’ici 2030, la capacité d’extraire 10 %, de transformer 40 % et de recycler 25 % des matières premières stratégiques qu’elle consomme et elle doit diversifier son approvisionnement pour chaque matière de manière à ne pas dépendre d’un seul pays pour plus de 65 % de sa demande.

 

Aujourd’hui, la Commission reconnaît que des mesures plus fortes et plus rapides sont nécessaires « car les forces de marché ne peuvent à elles-seules assurer la diversification nécessaire. » Par exemple, s’agissant des aimants permanents, elle a estimé qu’il peut s’avérer jusqu’à trois fois plus coûteux de produire en UE que de produire dans d’autres régions du monde.

Un plan, plusieurs ambitions

Le plan RESourceEU vise à la fois à accélérer la réalisation des objectifs du CRMA, à préserver et développer la production européenne de matières premières critiques primaires et secondaires, à renforcer la résilience de l’UE face aux ruptures d’approvisionnement et à tracer la voie vers une diversification plus rapide des chaînes d’approvisionnement. Même s’il concerne toutes les matières premières critiques, il a pour objectif immédiat de stimuler les chaînes de valeur des aimants permanents en terres rares, des matières premières pour batteries et des matières premières liées à la défense. Les mesures prévues visent à accélérer le déploiement de projets pouvant devenir opérationnels en 2029, voire avant.

Les axes clés

Nouveaux financements et outils, facilitation des procédures, partenariats internationaux constituent les trois grands piliers du plan RESourceEU. Ainsi notamment la Commission va mettre en place début 2026 un centre européen des matières premières critiques, une plateforme qui doit permettre de faciliter les efforts déployés par les entreprises pour agréger la demande, d’acheter conjointement des matières premières stratégiques, de conclure des accords d’achat mais aussi, à terme, d’organiser la constitution de stocks.

La Commission va également introduire dès 2026 des restrictions à l’exportation de résidus et déchets d’aimants permanents et de résidus d’aluminium. L’action pourrait s’étendre aux résidus de cuivre.

Autre grand axe de RESourceEU : la Commission souhaite accélérer les projets pertinents pour l’UE en mobilisant des outils de réduction des risques financiers et en supprimant les goulets d’étranglement réglementaires, l’idée étant de contribuer à réduire les dépendances jusqu’à 50 % d’ici 2029. Alors que 60 projets ont déjà été approuvés dans le cadre du CRMA (dont 13 dans des pays tiers), un CRM financing hub va permettre de coordonner l’ensemble des soutiens déjà apportés ou en cours, qu’il s’agisse d’institutions (BEI, BERD), de fonds (programme InvestEU, Innovation Fund, Just Transition Fund) ou d’initiatives sectorielles (Battery Booster, European Defense Industry Programme). L’UE devrait ainsi mobiliser jusqu’à 3 milliards d’euros dans les douze prochains mois pour soutenir des projets concrets (ex. : molybdene au Groenland, lithium en Allemagne…).

Si l’extraction (l’activité minière) est remise en avant, la récupération est fortement plébiscitée, la circularité apparaissant comme un catalyseur central (cf. soutien aux projets de recyclage et incitations réglementaires visant à récupérer les matières premières). Là-encore, il s’agit d’accélérer car aujourd’hui en UE, la collecte de produits en fin de vie atteint juste 40 % en moyenne et moins de 1 % des terres rares sont recyclées. D’autres mesures complémentaires seront apportées dans le futur Circular Economy Act courant 2026.

En parallèle, la Commission va continuer à soutenir la recherche et l’innovation pour améliorer l’extraction, le traitement et les technologies de recyclage des matières premières critiques (cf. Horizon Europe, European Innovation Council, European Defense Fund, projets d’intérêt commun…).

Enfin, autre axe clé du plan RESourceEU, l’UE compte approfondir la coopération avec des partenaires partageant les mêmes valeurs afin de diversifier l’approvisionnement et d’accélérer la coopération industrielle en s’appuyant sur les quinze partenariats stratégiques existants signés avec les pays riches en ressources, le dernier en date étant l’Afrique du Sud en novembre 2025 (le prochain pourrait être le Brésil). L’Union travaille également avec l’Ukraine, les Balkans occidentaux et ses voisins méditerranéens.

 

Et l’environnement dans tout ça ?

On le voit, à travers RESourceEU, la Commission européenne entend mobiliser tous les instruments politiques et financiers dans un triple objectif : élargir la base de fournisseurs de matières premières critiques, renforcer l’extraction et le recyclage au niveau national, et réduire les dépendances actuelles. Pour elle, diversifier l’approvisionnement en matières premières critiques doit devenir une priorité politique absolue de l’UE dans les prochaines années.

Cependant, cette volonté de hisser l’Europe à un degré d’autonomie compatible avec ses ambitions industrielles et climatiques ne doit pas se faire au détriment d’autres politiques environnementales de l’UE. C’est ce que souligne l’EEB(1) qui craint que la révision de la DCE (directive-cadre Eau) en lien, notamment, avec l’octroi facilité de nouveaux permis de mines ne se traduise par un amoindrissement de ses ambitions. Et cela pourrait être le cas aussi pour le règlement Reach voire, à un autre niveau, pour les réglementations CSRD et CSDDD qui, pour mémoire, avaient initialement vocation à construire des chaînes d’approvisionnement responsables et transparentes.

 

1) The European Environmental Bureau (EEB) est le plus grand réseau d’organisations citoyennes environnementales en Europe. Il compte plus de 190 organisations membres dans 41 pays et représente quelque 30 millions de membres et de sympathisants individuels. https://eeb.org/fr/

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