Le foisonnement des projets d’énergies renouvelables, pourtant salués par les collectivités et les citoyens, se heurte à obstacle majeur : le raccordement au réseau électrique. Postes saturés, files d’attente de plusieurs années, coûts imprévisibles… Tandis que la Programmation pluriannuelle de l’Énergie fixe la cadence, sur le terrain, porteurs de projets et élus locaux doivent composer avec un réseau électrique sous tension – un défi central de la transition énergétique et du développement des énergies propres.
Pour y répondre, la France a instauré en 2010 le Schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables (S3REnR), élaboré par RTE avec l’État et les acteurs locaux. Ce dispositif réserve des capacités d’accueil sur dix ans et organise une mutualisation des coûts, offrant visibilité et planification régionale à l’échelle des territoires.
Définition et portée du S3REnR
Le Schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables (S3REnR) est un outil de planification instauré par la loi Grenelle II du 12 juillet 2010. Confié à RTE en collaboration avec les gestionnaires de réseaux électriques de distribution et approuvé par le préfet, il s’applique à l’échelle de chaque région administrative.
Le S3REnR a pour fonction de déterminer les conditions d’accueil des énergies renouvelables par le réseau électrique : il précise les ouvrages à créer ou à renforcer (postes, lignes, liaisons), définit les capacités d’accueil réservées et établit un périmètre de mutualisation pour certaines infrastructures.
Chaque schéma est établi pour une durée de dix ans, avec obligation de révision périodique. Cette règle, inscrite dans le Code de l’énergie, a été précisée par la loi APER du 10 mars 2023 et par un décret publié en juillet 2024, encadrant notamment la périodicité de révision des schémas pour les adapter aux évolutions technologiques et aux objectifs nationaux.
En pratique, le S3REnR constitue une cartographie régionale des capacités d’accueil existantes et futures, permettant d’anticiper les besoins et d’orienter le développement des énergies renouvelables grâce à une véritable planification régionale.
Des objectifs concrets pour la transition
Le S3REnR offre aux porteurs de projets une vision régionale claire des possibilités et des coûts de raccordement au réseau électrique. Il poursuit quatre objectifs principaux, qui en font un levier stratégique de la transition énergétique :
- Offrir une visibilité pérenne des capacités d’accueil des énergies renouvelables : dès son approbation, le S3REnR fixe sur dix ans des volumes de raccordement au réseau garantis pour les projets EnR (éolien, solaire, biomasse), offrant aux porteurs de projets une planification fiable et évitant les files d’attente ou les saturations du réseau électrique.
- Augmenter les capacités d’accueil : il permet de planifier et d’optimiser les investissements nécessaires sur le réseau électrique pour accroître la capacité d’accueil et soutenir le développement des filières EnR.
- Anticiper les travaux sur le réseau électrique : en identifiant à l’avance les ouvrages à créer ou renforcer (postes, lignes, interconnexions), le schéma aligne l’évolution des infrastructures avec les objectifs régionaux et nationaux de production d’électricité renouvelable, facilitant l’accueil de nouvelles installations dans une logique de planification régionale.
- Mutualiser les coûts de raccordement : grâce au mécanisme de quote-part par mégawatt, les coûts de raccordement au réseau sont répartis équitablement entre les porteurs de projets, favorisant l’émergence d’installations même dans des zones où un raccordement individuel serait trop coûteux.
Structure et acteurs impliqués dans le S3REnR
Le pilotage du S3REnR est assuré par RTE, en collaboration avec les gestionnaires de réseaux électrique (Enedis, etc.). À la demande du préfet ou lors de la révision du schéma, RTE élabore le projet en concertation avec les territoires et les organisations de producteurs. Chaque projet fait ainsi l’objet d’itérations entre acteurs régionaux et gestionnaires de réseaux pour aligner les infrastructures avec les différents besoins et garantir une planification régionale cohérente.
C’est la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) qui assure le suivi de l’élaboration et de la mise en œuvre du S3REnR au nom de l’État. Elle permet de garantir sa conformité réglementaire et environnementale. Le préfet approuve le schéma et la quote-part de financement, validant ainsi les capacités d’accueil réservées pour les projets d’énergies renouvelables et le mécanisme de mutualisation associé.
Depuis 2017, une concertation préalable du public – introduite par l’ordonnance n°2016-1060 du 3 août 2016 – peut être organisée avant la demande d’approbation.
Le S3REnR, un moteur de la transition énergétique régionale
Le S3REnR confirme son rôle central en convertissant les contraintes du réseau électrique en leviers pour soutenir le déploiement régional des énergies renouvelables. Plus qu’un dispositif technique, il constitue un outil de planification régionale qui relie les objectifs nationaux aux dynamiques locales de développement.
En apportant visibilité, équité et capacité d’anticipation, il sécurise l’investissement des porteurs de projets et facilite leur intégration dans les territoires. Grâce à la mutualisation et à la garantie des capacités d’accueil, le dispositif favorise un raccordement au réseau plus rapide et plus équitable.
Au-delà du seul raccordement au réseau, le S3REnR incarne également une démarche collective qui fait ainsi du réseau électrique non plus un frein, mais un moteur de durabilité et de résilience au service de la transition énergétique.