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Bioéconomie dans l’UE : la nouvelle stratégie se déploie

La Commission européenne a présenté fin novembre 2025 une nouvelle stratégie pour la bioéconomie en vue de stimuler la croissance verte, la compétitivité et la résilience dans toute l’Europe. Les premiers jalons commencent à se concrétiser.

Utilisant des ressources biologiques renouvelables (plantes, champignons, animaux, micro-organismes), la bioéconomie se fonde sur la transformation de la biomasse, la bio-fabrication et les biotechnologies. Elle contribue ainsi à progresser vers une économie plus circulaire et bas carbone. Si des produits biosourcés existent déjà dans divers secteurs (pharmacie, cosmétique, plastique, construction, textile, engrais…), le potentiel est encore considérable.

Le nouveau cadre stratégique proposé par la Commission vise à libérer ce potentiel à travers quatre axes complémentaires : l’intensification de l’innovation et des investissements, le développement de marchés pilotes pour les matériaux et les technologies biosourcés, la garantie d’un approvisionnement durable en biomasse et l’exploitation des possibilités mondiales.

Intensifier l’innovation

Pour faire des innovations biosourcées une réalité sur le terrain, la nouvelle stratégie met en avant la nécessité de créer un cadre réglementaire « cohérent et simplifié » qui récompense les modèles économiques circulaires durables tout en préservant les normes de sécurité de l’UE. Elle propose notamment, en plus d’une attention particulière aux financements de l’UE dans le domaine, de convoquer un « groupe de déploiement des investissements dans la bioéconomie », en charge de créer une réserve de projets bancables, partager plus efficacement les risques et attirer les capitaux privés.

Le 10 mars dernier, un AMI a été lancé pour inviter les acteurs qui le souhaitent (banques nationales de développement, institutions financières privées, investisseurs) à participer à ce groupe européen aux côtés de la Commission et du groupe BEI. Rappelons que le groupe BEI avait publié à l’automne un rapport qui soulignait à la fois l’ampleur des possibilités d’investissements et la persistance des déficits de financement, en particulier pour les installations de démonstration et les installations industrielles pionnières(1).

Développer des marchés

Pour permettre le développement de marchés porteurs, la Commission a dressé une liste des marchés innovants pour les matériaux et les technologies biosourcés (plastiques, fibres, textiles, produits chimiques, engrais, produits phytopharmaceutiques, matériaux de construction, bioraffineries, fermentation avancée, stockage permanent de carbone biogénique). Elle entend stimuler la demande de contenus biosourcés dans les produits, en particulier à travers la fixation d’objectifs spécifiques dans la législation. Elle devrait en outre favoriser la création d’une alliance pour une Europe biosourcée, l’idée étant de rassembler les entreprises désireuses d’acheter collectivement des solutions biosourcées.

Garantir une utilisation durable de la biomasse

Même si l’Europe est autosuffisante en biomasse (90%), elle doit veiller à ce que celle-ci soit gérée de manière responsable, qu’il s’agisse des forêts, des sols, des écosystèmes ou de l’eau. Elle doit aussi promouvoir la circularité et renforcer la valeur de la biomasse secondaire (i. e. résidus agricoles, sous-produits et déchets organiques). A cet égard, la Commission compte mettre en place des

initiatives qui récompensent les agriculteurs et sylviculteurs impliqués dans la protection des sols, l’amélioration des puits de carbone et le soutien de l’utilisation durable de la biomasse.

Exploiter les opportunités mondiales

L’UE entend aider l’industrie européenne à accéder aux marchés mondiaux. Ceci passera notamment par la mise en place de partenariats spécifiques permettant de réduire la vulnérabilité mais aussi par une vigilance forte à ce que l’Europe ne dépende pas d’une seule région ou d’une seule ressource.

Une approbation par le Conseil de l’UE

La nouvelle stratégie Bioéconomie européenne met l’accent aussi bien sur le déploiement industriel et l’expansion du marché que sur la compétitivité et la résilience. Le Conseil de l’UE (conseil des ministres de l’UE) a approuvé le 17 mars ses conclusions sur ce nouveau cadre. A cette occasion, il a précisé qu’il soutient en particulier le renforcement de l’innovation et des mesures visant à soutenir les investissements dans des solutions biosourcées durables, y compris des autorisations plus rapides et des règles simplifiées. Il a également indiqué soutenir l’ambition de mener une action de premier plan à l’échelle mondiale. Cependant, dans l’optique de créer une demande prévisible pour les matériaux et les technologies biosourcés durables, le Conseil a mis l’accent sur la nécessité de définir et renforcer les secteurs à haut potentiel. Selon lui, ces marchés pilotes devraient être étendus au-delà de ceux identifiés dans la stratégie et englober, par exemple, les chaussures et le textile, le papier ou encore la bioéconomie bleue.

1) « Investment gaps to achieve sustainable targets in the bioeconomy », EIB, 38 p., 15 September 2025

La bioéconomie : une occasion stratégique pour le 21e siècle

La bioéconomie est considérée comme le secteur connaissant la croissance la plus rapide dans l’UE tout en préservant l’environnement et en soutenant la circularité. En 2023, sa valeur totale était estimée à 2 700 milliards d’euros. Elle employait 17,1 millions de personnes (8 % des emplois de l’UE) qui ont généré 863 milliards d’euros de valeur ajoutée (5 % du PIB de l’UE). Et les investissements en R&D dans les secteurs qui lui sont liés ont atteint 23,2 milliards (9 % de l’ensemble des investissements en R&D) en 2023. Notons aussi que les brevets dans ces domaines ont représenté 5 % de l’ensemble des brevets déposés dans l’UE entre 2008 et 2020.

Source : « Un cadre stratégique pour une bioéconomie européenne compétitive et durable », communication de la Commission européenne, 27 11 2025