POLLUTEC - Là où s'invente le monde durable

Bilan du Plan France 2030 après cinq ans

En octobre 2021 était lancé France 2030, un vaste plan de 54 milliards d’euros destiné à accélérer la décarbonation de l’économie sans dépenses défavorables à l’environnement et à faire émerger les acteurs porteurs d’innovations. L’Ademe en dresse le bilan à mi-parcours pour la partie qui la concerne.

Dès son lancement, France 2030 a « fait le pari d’une écologie des solutions », ce qui « impliquait d’innover, de miser sur des technologies permettant de rationaliser et surtout de transformer l’existant via, par exemple, la production d’énergies décarbonées, le stockage d’énergie, l’hydrogène vert, les transports de demain ou les innovations dans le domaine du recyclage. »

Les dispositifs opérés par l’Ademe s’inscrivent dans dix stratégies d’accélération de France 2030 et couvrent l’ensemble de la chaîne de maturité, de la R&D amont à l’industrialisation : Ville durable et bâtiment innovant - Décarbonation de l’industrie - Décarbonation des mobilités - Développement de l’hydrogène décarboné - Sobriété numérique - Développement bois-forêt - Technologies avancées des systèmes énergétiques - Recyclabilité - Enjeux de l’eau - Produits biosourcés et carburants durables.

Sur l’ensemble de ces stratégies, l’Ademe a engagé au total 4,78 milliards d’euros d’investissement public pour le compte de l’État, soutenant 1 497 projets de plus de 1650 entreprises dans l’ensemble des régions françaises et des territoires ultra-marins. Cela correspond à « plus de 18 milliards d’euros d’investissements privés mobilisés, de la recherche à l’industrialisation », précise Sylvain Waserman, PDG de l’Ademe.

Les aides ont été majoritairement octroyées à la décarbonation de l’industrie et aux systèmes énergétiques (v. ci-dessous). Les petites et moyennes entreprises en ont concentré 59 %, contre 29 % pour les grandes entreprises.

Efficacité carbone de l’euro investi et effet de levier

Les résultats de France 2030 montrent l’efficacité carbone de l’euro investi : chaque tonne de CO2 évitée sur vingt ans dans le cadre du plan nécessite la mobilisation de 22 euros d’aide, soit un record dans l’ensemble des leviers de décarbonation de l’économie. Par ailleurs, le soutien des dispositifs opérés par l’Ademe dans ce cadre a un bon effet de levier, chaque euro engagé ayant généré un investissement de 3,12 euros.

La décarbonation de l’industrie en ligne de mire...

Selon le SDES(2), l’industrie représente 17 % des émissions de gaz à effet de serre en France(1), avec une forte concentration des émissions sur quelques filières intensives (métallurgie, chimie, matériaux de construction) et sur une bonne cinquantaine de sites.

Pour accompagner les transformations des procédés et l’émergence de solutions bas carbone créatrices de valeur, une approche systémique a été privilégiée, combinant plusieurs leviers d’actions complémentaires comme l’amélioration de l’efficacité énergétique, l’évolution du mix énergétique et électrification, la transformation profonde des procédés industriels, l’optimisation de l’efficacité matière, le développement du captage / valorisation du CO2 et la structuration de filières bas carbone sur le territoire.

A mi-2026, l’État a soutenu 407 projets de toute taille, rapidement déployables ou structurants en matière de transformation industrielle à hauteur de 3,49 milliards d’euros (pour un investissement total de 10,01 Mds€).

Dans leur ensemble, les projets de décarbonation de l’industrie soutenus par France 2030 permettent d’éviter chaque année l’émission de 4,53 millions de tonnes de CO2 d’origine fossile et l’importation

d’énergie fossile à hauteur de 8,3 TWh. Pour mémoire, les émissions françaises de CO2 ont atteint 369 Mt au total en 2024, sur l’ensemble du territoire français.

… suivie par les technologies avancées pour les systèmes énergétiques

Une stratégie « technologies avancées pour les systèmes énergétiques » a été mise en œuvre après le lancement de France 2030, en vue de développer en France une industrie des technologies énergétiques innovantes, en appui de la montée en puissance des énergies renouvelables et de l’électrification des usages. A mi-2026, elle a permis de soutenir 128 projets à hauteur de 515 M€ d’investissement public pour un investissement total de plus d’un milliard et demi d’euros. L’éolien flottant, le photovoltaïque et les réseaux électriques figurent en tête des domaines concernés.

Mais aussi la décarbonation des mobilités

Les transports constituant le premier secteur émetteur de GES (34%), la décarbonation des mobilités est un enjeu crucial. La stratégie spécifique déployée dans le cadre du plan a essentiellement couvert l’accélération de la transition vers une mobilité décarbonée, le développement de l’offre sur le territoire (cf. numérisation et automatisation) et le renforcement de la compétitivité des filières industrielles françaises et servicielles dans le secteur. Elle a permis de soutenir 169 projets pour près de 359 M€ d’investissement public sur un budget global d’un milliard d’euros, les différents projets allant du ferroviaire à la transformation des chaînes logistiques en passant par le développement d’une filière dédiée aux véhicules intermédiaires.

Après cinq ans de mise en œuvre, le plan a déjà permis de renforcer plusieurs filières stratégiques, de développer des filières prometteuses et d’accélérer sur l’innovation de rupture. Il a également contribué aux objectifs de réindustrialisation du pays.

1) L’industrie manufacturière / construction (17%) se situe derrière les transports (34%) et l’agriculture (21%) et devant l’usage des bâtiments (15%), l’industrie de l’énergie (9%) et le traitement centralisé des déchets (4%).

2) Service des données et études statistiques du ministère de l’Ecologie.