REUT – La Réutilisation des Eaux Usées Traitées pour une Gestion Durable de l’Eau
Jusqu’où peut aller la réutilisation des eaux usées traitées ? La question prend une importance nouvelle à mesure que les territoires cherchent à limiter leurs prélèvements et à mieux préserver leurs ressources en eau. Une fois traitées, certaines eaux usées peuvent en effet être réemployées pour des usages qui ne nécessitent pas d’eau potable : irrigation, arrosage des espaces verts, nettoyage ou encore certains besoins industriels.
La REUT, ou réutilisation des eaux usées traitées, s’inscrit dans cette logique : prolonger le cycle de l’eau en trouvant de nouveaux usages à des volumes qui étaient jusqu’ici principalement rejetés dans le milieu naturel. Elle contribue à une gestion durable de l’eau.
Qu’est-ce que la REUT ?
La REUT désigne l’utilisation des eaux usées après leur passage dans une station de traitement. Il ne s’agit pas de réintroduire directement des eaux usées dans les réseaux, mais de soumettre l’eau à des traitements adaptés à l’usage envisagé, puis de contrôler régulièrement sa qualité. Le principe est donc de prolonger le cycle de l’eau en valorisant des volumes qui peuvent encore répondre à certains besoins après leur traitement.
Tous les usages de l’eau ne nécessitent en effet pas une eau potable. En France, la REUT peut notamment concerner l’irrigation des cultures et l’arrosage des espaces verts, dans le respect des conditions fixées par la réglementation. Depuis le 6 octobre 2025, elle est également encadrée pour certains usages de propreté urbaine, comme le nettoyage de voiries.
D’autres applications peuvent également être envisagées, notamment pour certains usages industriels, à condition que la qualité de l’eau soit compatible avec le besoin et que le projet respecte le cadre réglementaire applicable. Le choix de l’usage est donc déterminant : une eau destinée à l’irrigation ne répond pas nécessairement aux mêmes exigences qu’une eau utilisée dans un procédé industriel.
Le niveau de qualité requis varie selon l’usage et les risques associés. Chaque projet doit donc prévoir un traitement des eaux adapté, ainsi que des dispositifs de surveillance et de gestion des risques. La REUT repose donc sur une logique de valorisation maîtrisée des eaux usées, et non sur une réutilisation indistincte de tous les volumes disponibles.
Quels bénéfices pour la gestion de l’eau ?
L’un des principaux intérêts de la REUT est de réduire certains prélèvements dans les ressources en eau. Lorsqu’une eau usée traitée se substitue à de l’eau conventionnelle pour un usage compatible, elle permet de limiter la pression exercée sur les nappes, les cours d’eau ou les retenues.
En France, la réutilisation des eaux usées traitées reste encore peu développée. Un rapport d’information de l’Assemblée nationale, enregistré le 17 janvier 2024, indique que les eaux non conventionnelles réutilisées représentent moins de 1 % des volumes, dont 0,3 % pour les eaux usées traitées. Le Plan Eau a depuis fixé un objectif de multiplication par dix des volumes d’eaux usées traitées réutilisés d’ici 2030. Fin février 2026, le bilan du Plan Eau recensait 164 stations d’épuration produisant des eaux usées traitées.
La réutilisation des eaux usées traitées contribue également aux objectifs de sobriété hydrique. Elle ne remplace pas les économies d’eau, mais les complète en permettant de mobiliser une ressource déjà disponible pour certains besoins. Cette logique rejoint l’objectif du Plan d’action pour une gestion résiliente et concertée de l’eau (Plan Eau) de réduire de 10 % les prélèvements d’ici 2030, par rapport à la moyenne 2018-2020.
La REUT s’inscrit également dans une logique d’économie circulaire de l’eau. Après traitement, une partie des eaux usées peut être réutilisée pour certains usages plutôt que d’être rejetée dans le milieu naturel. Cette approche permet de diversifier les ressources mobilisables et de contribuer à renforcer la résilience des territoires face aux tensions sur la ressource.
Ces bénéfices restent toutefois liés au contexte de chaque projet : volumes disponibles, proximité des usages, infrastructures nécessaires et besoins énergétiques. La REUT constitue donc un levier complémentaire pour une gestion de l’eau plus sobre et plus résiliente.
Comment développer un projet de REUT ?
Un projet de REUT doit d’abord répondre à un besoin identifié sur le territoire : quels volumes sont disponibles, pour quels usages, à quelle période et avec quelles contraintes de stockage ou de distribution ? Cette analyse territoriale, que le Cerema présente comme une étape des études d’opportunité de la réutilisation des eaux usées traitées, permet de croiser les besoins en eau, les ressources disponibles et les conditions de faisabilité du projet.
Le niveau de traitement dépend directement de l’usage prévu. La qualité de l’eau doit être compatible avec cet usage et peut nécessiter des traitements complémentaires. En France, le cadre réglementaire applicable aux eaux usées traitées fixe, selon les usages, des exigences de qualité et de surveillance.
La sécurité sanitaire constitue un autre point clé. Les projets doivent intégrer une évaluation des risques, un suivi régulier de la qualité de l’eau et des mesures à prendre en cas de non-conformité. Pour l’irrigation agricole, le cadre européen applicable à la réutilisation de l’eau fixe des exigences minimales harmonisées en matière de qualité, de suivi et de gestion des risques.
Enfin, le projet doit trouver son équilibre économique et réglementaire. Pour les usages soumis à autorisation, la demande d’autorisation d’utilisation des eaux usées traitées est déposée auprès du préfet et doit être accompagnée d’un dossier justifiant l’intérêt du projet et sa compatibilité avec la protection de la santé humaine et animale ainsi qu’avec l’environnement (article R211-130 du Code de l’environnement).
La REUT, une ressource stratégique pour les territoires
La REUT ne constitue pas une réponse unique aux tensions qui pèsent sur les ressources en eau. Elle ouvre toutefois une nouvelle voie pour mieux valoriser une eau déjà disponible et adapter les usages aux ressources du territoire. Son développement dépendra autant des solutions techniques et du cadre réglementaire que de la capacité à construire des projets cohérents avec les besoins locaux.
À mesure que les territoires cherchent à réduire leurs prélèvements, la réutilisation des eaux usées traitées pourrait ainsi trouver une place croissante dans les stratégies de gestion de l’eau, aux côtés de la sobriété hydrique et de la préservation des ressources.
