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Vers une filière Réduction des risques naturels ?

La France dispose d’un régime unique d’indemnisation des catastrophes naturelles (le « régime CatNat ») depuis plus de quarante ans. Forte de nombreux acteurs dans les différents domaines concernés, elle pourrait aussi structurer une véritable filière Réduction des risques naturels. Plusieurs avancées vont dans ce sens en lien avec l’intensification des risques climatiques.

Le régime Cat Nat protège les citoyens, les entreprises et les collectivités contre les phénomènes de grande ampleur (événements d’intensité anormale) grâce à une mutualisation des risques à l’échelle nationale. Le système est basé sur les compagnies d’assurance et sur la Caisse centrale de réassurance (CCR) qui délivre aux compagnies une couverture de réassurance illimitée bénéficiant de la garantie de l’État. Chaque assuré y contribue via une surprime sur son contrat d’assurance de dommages aux biens, surprime dont le taux, longtemps resté à 12 %, est passé à 20 % début 2025 et pourrait encore évoluer.

Un contexte d’accélération et d’intensification

Sur la période 1982-2024, le régime CatNat a couvert une sinistralité de 1,4 milliard d’euros par an en moyenne (soit 61,2 Mrd € au total sur la période, hors auto). Mais depuis 2016, ce montant atteint 2,5 Mrd chaque année. Aujourd’hui, plusieurs études estiment qu’il pourrait passer à 4 Mrd € par an d’ici 2050, d’où un coût croissant pour les assureurs et les assurés. Autant dire que des évolutions s’imposent, notamment pour éviter que les assureurs sélectionnent des risques, voire se désengagent sur les zones faisant l’objet de tensions en matière d’assurabilité(1).

Dan ce contexte, le gouvernement a demandé à la CCR de créer un outil permettant de suivre l’offre d’assurance à travers l’ensemble du territoire. Ce nouvel Observatoire de l’assurabilité a rendu son premier rapport le 15 juin dernier(2). Il en ressort que s’il est aujourd’hui possible de trouver une assurance contre les dommages aux biens dans l’ensemble des communes françaises, une vigilance particulière est nécessaire dans certains territoires, en particulier en Outre-mer (« zones en tension »).

Le gouvernement a pris acte de ces conclusions et a présenté trois axes d’action pour conforter l’assurabilité des territoires français. Il prévoit une attention renforcée aux territoires ultramarins, une évolution du régime CatNat pour garantir sa soutenabilité dans la durée (examen tous les cinq ans du taux de surprime, réflexion pour assurer une juste répartition de la charge du régime entre assurés) et un renforcement de la prévention des risques centré sur la réduction individuelle de la vulnérabilité (travail avec assureurs et collectivités pour renforcer la prévention et réduire la vulnérabilité des logements).

Un fonds pour prévenir et réduire

On le voit, l’augmentation des coûts d’indemnisation des catastrophes est inexorable. Structurer une véritable filière de la prévention et de la réduction des risques naturels ne serait donc pas un luxe. Car s’il est important d’être capable de gérer une crise une fois qu’elle s’est produite, il est aussi fondamental de travailler à éviter qu’elle n’arrive. C’est tout l’objet du fonds CCR-F lancé fin 2024 par la CCR avec la structure de gestion Starquest spécialisée dans le capital investissement.

Le Climate Change Resilience Fund (CCR-F) est un fonds d’investissement en capital et quasi-capital dans des sociétés non cotées qui contribuent à développer des solutions permettant de prévenir les risques climatiques et de s’adapter au changement climatique. Les solutions visées vont des systèmes de protection contre les inondations aux modèles de prédiction des risques basés sur l’IA en passant par des solutions géotechniques résilientes à la sécheresse. Ainsi, la première structure à avoir été soutenue par le CCR-F est la startup Hydroclimat qui propose des solutions d’intelligence climatique basées sur l’IA (cf. 2 M€ avec Région Sud Investissement mi-2025). Plus récemment (mars 2026), c’est la société Uniject, spécialiste des pièces en composite pour la carrosserie industrielle, qui

a reçu 2 millions d’euros pour développer sa nouvelle activité de fabrication de batardeaux anti-inondation.

Doté de 100 M€, le fonds devrait réaliser au total une quinzaine de participations au capital d’entreprise innovantes à des niveaux divers de maturité, dans l’objectif de « répondre à l’évaluation et la prévention de risques de catastrophes naturelles et à la limitation de leur impact sur les populations et sur les actifs corporels. »

Tous les éléments pour une filière structurée

Par définition, une filière couvre à la fois des fournisseurs de solutions, des professionnels de l’ingénierie, des acteurs de la recherche et de la formation, des institutionnels, des associations ou fédérations et des acteurs des secteurs banque et assurances.

Comme vu ci-dessus, les solutions comprennent essentiellement les équipements et dispositifs de protection et de gestion des risques ainsi que les outils d’observation, de surveillance, de prédiction et d’analyse - ceux-ci étant toujours plus appuyés sur l’IA et/ou le spatial, à l’image de CLS, filiale du CNES et de la CNP.

Côté ingénierie et bureaux d’études, les acteurs sont nombreux, qu’ils soient généralistes ou spécialisés (ex. : Artelia, Egis, Elvia, Géolithe, Ginger-Burgeap, Géotec, Ingsols, Sage, Scetco…). Au niveau institutionnel, plusieurs organismes travaillent sur ces sujets comme notamment le Cerema, référent en aménagement, l’Ineris, spécialiste des risques, le BRGM qui, entre autres, s’occupe du site Georisques (https://www.georisques.gouv.fr/) avec le ministère ou encore Météo France et l’Office français de la biodiversité (OFB).

Enfin, on l’a vu, les compagnies générales d’assurances et la Caisse Centrale de Réassurance (CCR) sont des acteurs clés de la filière Réduction des risques naturels. Mais la catégorie Assurances intègre aussi des acteurs plus spécialisés comme la jeune société Descartes Underwriting dédiée à l’assurance d’entreprises récemment retenue dans le French Tech 120 (catégorie Fintech-AssurTech). Cette « insurtech » propose une nouvelle génération d’assurances paramétriques qui contribuent à renforcer la résilience de ses clients contre plusieurs risques climatiques existants et émergents. Sa technologie climatique basée sur le machine learning et la surveillance en temps réel d’images satellites & IoT lui permet d’offrir une couverture pour des clients opérant dans de nombreux secteurs et zones géographiques(3).

Parallèlement à cela, notons aussi que les risques naturels ont déjà leurs Assises nationales à destination des collectivités. Ces assises se tiennent tous les trois ans, la dernière en date (6e édition) ayant eu lieu à Toulouse en octobre 2025 sous le mot d’ordre : « Au-delà des prises de conscience, ensemble, passons à l’action ! ». Nul doute que la structuration d’une véritable filière Réduction des risques naturels sera bénéfique pour l’ensemble des collectivités concernées.

1) Le sujet de l’indemnisation des catastrophes naturelles intéresse d’autres acteurs comme la Cour des Comptes et le Haut Commissariat à la Stratégie et au Plan. Il a également fait l’objet d’un rapport par un groupe d’experts (rapport Langreney) et de propositions de loi (en 2024, par une sénatrice souhaitant assurer l’équilibre du régime et en 2025, par Fabrice Barusseau dans son projet sur l’adaptation au changement climatique).

2) Ce premier rapport couvrait les maisons individuelles en France métropolitaine et dans cinq départements et régions d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Réunion, Saint-Martin, Saint-Barthélemy) et trois risques naturels : inondations (débordements de cours d’eau, ruissellement), sécheresse (RGA : retrait-gonflement d’argiles), cyclones (en outre-mer). D’autres devraient suivre.

3) Cf. protection contre les pertes financières directes et indirectes résultant de catastrophes naturelles et de phénomènes météorologiques extrêmes, y compris les pertes subies par des tiers liées à des investissements et les pertes d'exploitation non liées à des dommages matériels.