La finance verte désigne communément l’ensemble des opérations financières ayant pour finalité de favoriser la transition écologique et énergétique et la lutte contre le changement climatique. Elle s’inscrit dans le cadre plus large de la finance durable, aux côtés de la finance solidaire axée sur la lutte contre l’exclusion et l’amélioration de la cohésion sociale et de la finance responsable destinée à favoriser les investissements socialement responsables. Obligations et fonds verts, labels, instances de contrôle et de suivi des engagements, réglementation…, la finance verte évolue rapidement et ce, bien au-delà de la seule finance climat.

 

Les principaux outils de la finance verte

La finance verte compte notamment les obligations vertes (« green bonds ») et les fonds verts. Les premières désignent des emprunts émis sur le marché par une entreprise ou une entité publique (collectivité locale, organisation internationale) en vue de financer des projets contribuant à la transition écologique et énergétique. Ces obligations dans lesquelles peuvent investir des entreprises ou des particuliers sont soumises à un reporting détaillé. Les fonds verts investissent dans des entreprises dont une grande part de l’activité offre un bénéfice environnemental, qu’il s’agisse du domaine de l’eau, des déchets, de l’énergie ou autre.

 

Plusieurs types d’acteurs

Banques, compagnies d’assurances, capital investisseurs et sociétés de gestion constituent les principaux acteurs de la finance verte. L’Observatoire de la finance durable(1), créé en 2018 dans un but d’information et de transparence, en recense 387. Il étudie le suivi de leurs engagements dans les trois domaines ESG (environnement ; social & sociétal ; gouvernance). Pour ce qui relève de l’environnement, neuf thématiques sont analysées parmi lesquelles la sortie des énergies fossiles, la réduction des GES & l’alignement sur l’Accord de Paris, l’évaluation des risques climatiques et, depuis peu, la biodiversité. L’Observatoire est copiloté par les fédérations et associations professionnelles – Fédération bancaire française (FBF), France Assureurs, France Invest (capital investissement), l’Association de la gestion financière, l’Association française des sociétés financières – et Finance for Tomorrow(2).

De nombreuses institutions financières sont engagées dans la Glasgow Financial Alliance for Net Zero, une coalition internationale lancée en 2021 pour accélérer la décarbonation de l’économie mondiale et parvenir à l’objectif « Zéro émission nette » fixé par l’ONU. La GFANZ compte plusieurs déclinaisons : NZAM (Asset Management), NZAO (Asset Owners), Net Zero Banking Alliance, chacun des signataires s’engageant à aligner leurs investissements et portefeuilles sur cet objectif.

 

Un cadre réglementaire en pleine évolution

La Commission européenne a présenté en juillet 2021 une mise à jour de sa stratégie en matière de finance durable. Depuis 2018 en effet, de nombreuses avancées avaient vu le jour avec, en particulier, les règlements ‘Taxonomie verte’ et SFDR (Sustainable finance disclosure) et le projet de directive CSRD sur le reporting (en remplacement de la NFRD de 2004). D’autres évolutions avaient déjà été amorcées par la directive AIFM (Alternative investment fund managers) en 2011 ou le règlement Benchmark en 2016. Par ailleurs, la question toujours plus prégnante des risques que fait planer le changement climatique sur la stabilité financière se devait également d’être mieux prise en compte. D’autres textes sont encore attendus.

 

Des labels spécifiques

Il existe plusieurs labels européens de finance durable (ex. : FNG-Siegel, Greenfin, ISR, LuxFLAG, Nordic Swan, Towards Sustainability, Umweltreichen). Lancé en 2015 pour « garantir la qualité verte des fonds d’investissement », le label TEEC devenu Greenfin porte sur des fonds dans huit catégories d’activités – énergie, bâtiment, gestion des déchets et contrôle de la pollution, industrie, transport propre, TIC, agriculture et forêt, adaptation au changement climatique. Il exclut en revanche les fonds investissant dans des entreprises actives dans le nucléaire et les énergies fossiles. A fin octobre 2022, le label Greenfin était attribué à 95 fonds pour un total de 33 milliards d’euros.

 

Où en est-on aujourd’hui ?

Selon la Fédération bancaire française, pour un euro investi dans le fossile (hydrocarbures non conventionnels, charbon thermique, pétrole et gaz), quatre euros sont investis dans les activités vertes et durables et dans les EnR. En 2021, le montant des prêts et crédits verts dépasse 100 Md€ dont près de 30 Md de prêts nouveaux pour les activités vertes et durables. Le financement des EnR atteint 42 Md€ dont 14 Md de flux nouveaux. Et l’arrangement d’obligations vertes et durables (i.e. green bonds mais aussi social bonds, sustainable bonds et sustainability-linked bonds) atteint 225 Md€. S’agissant des énergies fossiles, l’exposition des portefeuilles au charbon diminue (2 Md€ vs 2,1 en 2020) et les prêts aux hydrocarbures sont estimés à 23 Md€. A ce jour, sept groupes bancaires(3) travaillent à des trajectoires de décarbonation par secteur. De même, une méthode commune de mesure d’empreinte carbone et d’alignement des portefeuilles est en cours de définition.

Selon France Assureurs, les compagnies françaises ont réalisé 141 Md€ de placements verts à fin 2021, soit 6,3 % des actifs gérés (+ 22,5 % en un an). Elles ont investi 92 Md€ dans les obligations durables, vertes et/ou solidaires dont 54 Md€ dans les ‘green bonds’. Elles poursuivent leur désinvestissement dans le charbon (- 15 % avec 14,1 Md€, soit 0,6 % des actifs gérés) et l’exposition de leurs portefeuilles d’investissement au pétrole et au gaz baisse de 4 %, avec 27 Md€, soit 1,2 % des actifs gérés. En parallèle, les compagnies renforcent leur expertise en matière d’évaluation et de gestion des risques climatiques des portefeuilles d’investissement (cf. 77 % des actifs gérés sont couverts par une analyse climat, soit 1739 Md€)(4).

Selon l’AFG, les sociétés de gestion ont investi 71,28 Md€ dans les fonds verts en 2021. Leurs encours d’obligations durables, vertes et/ou solidaires s’élèvent à 124,14 Md€ dont 96 Md€ de ‘green bonds’. Leurs encours dans les fonds labellisés durables, verts et/ou solidaires sont de 656,7 Md€. En parallèle, leurs investissements responsables atteignent 2 108 Md€ (+ 33 % en un an). L’exposition au charbon atteint 36,41 Md€, soit 0,94 % des encours. L’AFG souligne également la hausse de l’investissement à impact en 2021 : près d’une société de gestion sur deux (46%) en gère au moins un, pour un encours total de 60 Md€, dont 28 Md€ dédiés à la lutte contre le changement climatique.

 

Désengagement des énergies fossiles : peut mieux faire ?


L’Autorité des marchés (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) suivent et évaluent les engagements climatiques pris par les acteurs de la Place de Paris. Dans leur dernier rapport (octobre 2022), elles estiment que le financement du charbon décroît à un rythme inégal selon les acteurs et que l’ambition des politiques sectorielles sur les autres énergies fossiles ne témoigne pas d’inflexion notable. Elles appellent à plus de clarté et de précision dans les indicateurs de suivi, notamment pour le suivi des énergies fossiles. Notons toutefois que, outre la réduction de l’exposition au charbon, au pétrole et au gaz, 92 % des assureurs disposent d’une politique d’exclusion relative aux énergies fossiles et que depuis janvier 2022, six banques ne financent plus les projets pétrole et gaz ni les entreprises dont la part d’hydrocarbures non conventionnels dans l’exploration et la production (pétrole de schiste, gaz de schiste, sables bitumineux) serait supérieure à 30 % de leur activité.

 

Selon l’ASF, les établissements de financement spécialisé ont notamment contribué au financement de véhicules hybrides ou électriques (3,34 Md€ pour les particuliers et 1,5 Md€ pour les entreprises) et au financement de la rénovation énergétique de logements (1,41 Md€) et à celui d’immeubles verts (2,5 Md€).

Enfin, l’année 2021 a constitué un record pour le capital-investissement dans les cleantechs avec 2,3 Md€ investis. Ces levées de fonds, réparties en 125 opérations, ont concerné divers secteurs comme la mobilité, le stockage, l’efficacité énergétique ou l’économie circulaire. Et 2022 semble continuer dans cette orientation à la hausse, France Invest ayant recensé 55 opérations financées pour près de 2 Md€ pour le premier semestre. Par ailleurs, les fonds d’infrastructures ont investi 2,2 Md€ dans les EnR en 2021.

 

1) L’Observatoire suit et évalue la transformation des pratiques et des flux financiers. Il tient à jour et présente le suivi des engagements des différents acteurs concernés en matière de finance durable: https://observatoiredelafinancedurable.com

2) Finance for Tomorrow, la branche de Paris Europlace lancée en juin 2017 pour « faire de la finance verte et durable un élément moteur du développement de la Place de Paris et la positionner en centre financier de référence sur ces enjeux », sera remplacé le 1er janvier 2023 par l’Institut de la Finance durable, sous la présidence d’Yves Perrier.

3) BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, HSBC Continental Europe, La Banque Postale, Société Générale. Notons par ailleurs que trois de ces banques (SG-CIB, BNP Paribas et CA-CIB) figurent avec Natixis SA dans le top 10 du marché européen et mondial en matière de prêts liés au développement durable, de prêts verts et de financements aux EnR.

4) Ces données sont issues d’un panel de 24 groupes d’assurances représentant 94 % du montant total des actifs gérés par les compagnies en France.

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