Au tout début du mois de juin, l’Agence européenne de l’environnement (AEE) publiait son rapport annuel sur les eaux de baignade. Il en ressort que, en 2021, près de 85 % des sites de baignade européens respectaient les normes de qualité les plus strictes de l’UE (cf. « qualité excellente »). La proportion était même plus élevée pour les sites de baignade côtiers (88%) que pour les sites intérieurs (78,2%). Mais à quoi correspondent ces chiffres ? Garantissent-ils une baignade sans risque ?

L’évaluation 2021 de l’AEE a porté sur 21 859 sites répartis dans tous les Etats membres, en Albanie et en Suisse. Près des deux tiers de ce total sont des sites côtiers. Ces évaluations annuelles se font en application de la directive Gestion de la qualité des eaux de baignade de 2006(1) qui réglemente deux paramètres microbiologiques (Escherichia coli et entérocoques intestinaux)(2) et demande un contrôle visuel de la zone où sont réalisés les prélèvements en vue d’identifier la présence éventuelle d’hydrocarbures, de macro-algues (« blooms algaux »), d’efflorescences planctoniques, de macro-déchets ou de méduses. D’autres paramètres (pH, transparence, cyanobactéries…) peuvent être analysés si nécessaire mais, selon le ministère de la Santé, les résultats d’analyses correspondants ne sont pas utilisés pour classer la qualité de l’eau en fin de saison.

Cependant, au-delà des contaminations microbiologiques, qu’en est-il des autres types de pollutions comme les pollutions chimiques (pesticides, métaux lourds, polluants industriels…) et la pollution par les nutriments (nitrates, phosphates) ? Pour mémoire, la DCSMM (Directive cadre Stratégie pour le milieu marin) qui, en 2008, mettait l’accent sur la protection et la conservation du milieu marin en vue d’un bon état écologique en 2020, n’a pas encore totalement atteint ses objectifs. De plus, la DCE (Directive cadre sur l’eau) qui vise un bon état écologique et chimique des masses d’eau souterraines et de surface, y compris les eaux côtières et les estuaires, pour 2027 semble encore loin du compte aujourd’hui.

 

Surveillance des eaux littorales, contrôle des eaux de baignade : qui fait quoi ?

En France, l’état écologique et chimique des masses d’eaux littorales est surveillé par l’Ifremer. Pour l’état écologique sont notamment étudiés le phytoplancton, le benthos (macro-algues et macro-invertébrés) et divers éléments physico-chimiques (température, oxygène, matières en suspension, salinité…). Et s’agissant de l’état chimique sont essentiellement suivies les substances présentant le risque de dépasser les seuils fixés. L’ensemble se fait dans le cadre de réseaux de contrôle de surveillance (RCS) spécifiques : REPHY (pour le phytoplancton et les phycotoxines ou toxines d’algues), REBENT (pour le benthos) et ROCCH (pour les contaminations chimiques). Autre réseau important, le REMI assure le contrôle microbiologique des zones marines de production de coquillages.

Si l’état des masses d’eau littorales s’est amélioré ces trente dernières années pour les polluants les plus anciens comme les PCB ou les métaux lourds, d’autres polluants apparaissent, en lien avec les activités industrielles et agricoles, le transport maritime, l’exploitation offshore des ressources et le ruissellement urbain. C’est le cas en particulier des résidus médicamenteux et des micro-plastiques. De fait, améliorer la qualité microbiologique des eaux littorales suppose, entre autres, de mieux adapter les réseaux d’assainissement à l’augmentation de la population en zone littorale et aux événements climatiques susceptibles de générer des dysfonctionnements accidentels.

Le contrôle sanitaire de la qualité des eaux de baignades naturelles est, lui, mis en œuvre durant la saison balnéaire par les Agences régionales de santé (ARS) et/ou laboratoires agréés mandatés, le gestionnaire juridiquement responsable de l’eau de baignade restant le maire ou président de communauté de communes ou d’agglomération. Outre les « profils de baignade » (v. encadré), la directive Eaux de baignade impose un prélèvement entre dix et vingt jours avant le début de la saison et un minimum de quatre prélèvements pendant la saison, soit en gros, un par mois en métropole où la saison court en général du 15 juin au 15 septembre. Les points de prélèvement, toujours identiques, sont situés dans les zones de fréquentation maximale. Mais, pour de nombreux spécialistes dont la Fondation Surfrider Europe, cela ne suffit pas d’autant que les résultats d’analyse sont transmis au gestionnaire entre 48 et 72 heures après le prélèvement. Autrement dit, si un incident est détecté, il peut s’écouler deux à trois jours avant que ne soit prise une des mesures imposées par la directive : information du public, avis déconseillant la baignade, voire interdiction de baignade… De son côté, l’association dispose d’un réseau de bénévoles qui réalisent des prélèvements hebdomadaires du 1er mai au 31 octobre et bimensuels du 1er novembre au 30 avril.

 

Vers une directive plus adaptée ?

Les choses pourraient toutefois changer à l’échelle européenne dans un futur proche. En effet, la directive Eaux de baignade est entrée dans un processus de révision afin d’évaluer « si les règles actuelles sont toujours adaptées à la protection de la santé publique et à l’amélioration de la qualité de l’eau ou s’il est nécessaire de renforcer le cadre existant, notamment en envisageant de nouveaux paramètres ». Après une période de contribution puis une consultation publique en 2021, le nouveau texte est en préparation. Il est notamment examiné à travers le prisme du Pacte vert pour l’Europe et du Plan d’action Zéro Pollution 2050 (air, eau, sol) lancé en mai 2021. Son adoption est prévue pour le premier trimestre 2023.

 

Un « profilage » des sites de baignade


La directive Eaux de baignade a introduit l’objectif de réaliser une étude de vulnérabilité pour chaque site de baignade contrôlé. C’est ce que l’on appelle le « profil de baignade ». L’idée majeure est d’identifier les sources de pollution et facteurs de risques susceptibles de dégrader la qualité de l’eau et de définir les mesures de gestion adéquates pour prévenir les pollutions à court terme et améliorer la qualité de l’eau. En France, 85 % des eaux de baignade en mer disposaient d’un profil de baignade en 2021, selon le Bilan national 2020 du ministère des Solidarités et de la Santé.

 

1) Directive 2006/7/CE du 15 février 2006, abrogeant la directive 76/160/CEE

2) La qualité de l’eau est considérée insuffisante si elle n’atteint pas le niveau de qualité suffisante pour au moins un des deux paramètres (E. coli ou entérocoques intestinaux).

 

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