C’est un débat qui agite les économistes et décideurs politiques depuis plus de 50 ans. Les nouvelles technologies peuvent-elles nous aider à résoudre le défi environnemental ou, au contraire, en sont-elles la cause et l’aggravent-elles ? Eléments de réflexion pour y voir un peu plus clair.

 

Environnement et technologie : amis ou ennemis ?

Depuis les années 1960 et 1970, la finitude des ressources naturelles terrestres s’impose dans les réflexions économiques, politiques, philosophiques et sociétales. De ce constat, qui a tout d’une évidence aujourd’hui, fusent une multitude de questions. La première porte sur la notion de croissance : peut-on continuer à défendre l’idée même de croissance ? Si oui, peut-elle continuer indéfiniment ?

D’autres interrogations portent sur le rôle des techniques et technologies, en mutation permanente. D’un côté, certains notent que chaque nouvelle technologie apporte son lot d’impacts négatifs pour l’environnement : l’exploitation du charbon a marqué le début des émissions de CO2 massives dans l’atmosphère, l’arrivée du pétrole n’a rien amélioré… Aujourd’hui, de nouvelles inquiétudes font jour : quid des métaux et terres rares nécessaires pour fabriquer les millions de batteries dont nous aurons besoin pour nos mobilités électriques ? Quid des déchets nucléaires ? Quid de la matière plastique, légère, peu chère et facile à transformer, mais qui provoque une crise des déchets sans précédent ?

 

Techno-optimistes Vs. techno-pessimistes

Dans les années 1970, deux courants de pensée se sont constitués en réponse : les techno-optimistes versus les techno-pessimistes. Les premiers croient en la possibilité d’une « croissance verte », d’un « développement durable » et d’une « économie circulaire ». Ils estiment aussi, en général, que la technologie et le progrès technologique font partie de la solution. Les seconds, en revanche, plaident pour la décroissance, seule issue pour réduire l’impact humain et éviter l’effondrement environnemental. Leur pensée s’articule autour de l’idée « d’insoutenabilité physique de la croissance matérielle » (Nicholas Georgescu-Roegen).

 

L’impact du rapport Meadows


Commandité par le Club de Rome à des économistes et scientifiques du Massachusetts Institute of Technology, ce rapport publié en 1972 a été un tournant. Ses conclusions affirmaient qu’un effondrement du système économique et humain planétaire était inévitable, à cause de l’explosion démographique et de la pression productive. Selon ces experts, la solution consistait à « geler » la croissance et stabiliser volontairement la population mondiale. Bien que très critiqué, ce rapport a permis de faire avant le débat.

 

Comment la technologie pourrait-elle résoudre les problèmes environnementaux ?

S’il existe un consensus international autour de l’épuisement des ressources terrestres et des déséquilibres écologiques causés par l’activité humaine, la responsabilité de la technologie pour résoudre cette crise divise. Cependant, dans les années 1980, le courant optimiste s’est « imposé ».

De nouvelles technologies « vertes », ou « éco-responsables » avaient commencé à voir le jour un peu avant. Après le nucléaire, l’énergie solaire ou encore éolienne ont commencé à être exploitées. Quelques décennies plus tard, les mobilités électriques se sont développées jusqu’à connaître aujourd’hui un boom, grâce notamment à la maturité des technologies de stockage. Les exemples sont nombreux, ils concernent autant le développement des biotechnologies (via l’exploitation des bactéries, algues…), que les nouvelles technologies de recyclage ou même de la digitalisation de l’économie. Au rang des technologies d’avenir, on peut citer ici la fusion nucléaire ou encore la captation de CO2.

La technologie est capable de réduire l’empreinte environnementale de la production de deux manières : en bout de ligne via des technologies ajoutées (par exemple des filtres dans les usines ou la construction de stations d’épuration) ou pendant le process industriel via des technologies de production intégrées.

Ce sont ces dernières qui soulèvent le plus d’espoir, car elles incitent à produire différemment, avec moins de ressources, moins d’énergie et moins d’impacts. Ici, on cherche à réduire à la source, un peu comme le dit l’adage « le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas ». Cela passe, par exemple, par la substitution de matières pétro-sourcées par des nouvelles matières d’origine naturelle ou recyclées, où des process moins énergivores, l’industrie 4.0, l’autoconsommation énergétique, etc.

Pourtant, certains analystes persistent à dire qu’un grand nombre de technologies ne résolvent rien, notamment à cause de ce qu’ils appellent l’effet rebond.

L’effet rebond correspond à un accroissement de consommation de services énergétiques directement liée à l’amélioration de l’efficacité technique de la prestation de ces mêmes services. Exemple concret, l’amélioration des moteurs thermiques de voiture permet de faire diminuer leur consommation de carburant par kilomètre, mais on constate que l’automobiliste en profite en général non pas pour moins consommer d’essence mais pour rouler davantage.

Malgré ce risque, les défenseurs du « développement durable » estiment toute de même que le progrès technique est une source de solutions incontournable.

 

Nouvelles technologies = nouveaux modes de production

Dans cette nouvelle approche, le concept d’économie circulaire s’est imposé dans les discours. En France, c’est la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), votée en 2015, qui l’a consacré. L’économie circulaire s’oppose à l’économie linéaire qui a prédominé jusque-là et qui consiste à extraire les matières premières du milieu naturel, les transformer, consommer les produits finis et jeter.

A l’inverse, une économie est dite circulaire quand elle vient créer des boucles autour d’impératifs de réduction (des matières, d’énergie), de réparation, de réemploi et de recyclage. L’idée est de parvenir à créer des cercles les plus fermés possibles pour réduire progressivement les impacts négatifs sur le milieu naturel. Mais l’économie circulaire intègre aussi des considérations sociétales, la dignité et l’épanouissement humains devenant des objectifs.

Les nouvelles technologies vont-elles accélérer la généralisation de l’approche circulaire à grande échelle ? C’est en tout cas l’ambition et la conviction affichées aujourd’hui par une majorité d’acteurs économiques et politiques. Mais il apparaît aussi que le terme de technologie doit être abordé plus largement, permettant d’explorer de nouvelles voies de sobriété, notamment à travers la low tech.

 

 

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