Le 12 octobre dernier était présenté « France 2030 », un nouveau plan d’investissements destiné à préparer l’avenir du pays. Ce plan qui s’inscrit dans la lignée du plan France Relance adopté en septembre 2020 doit permettre de rattraper le retard de la France dans certains secteurs historiques et vise la création de nouvelles filières industrielles et technologiques pour accompagner les transitions écologiques et numériques. Il est doté de 30 milliards d’euros sur cinq ans, auxquels s’ajoutent 4 mrds d’investissements en fonds propres. La moitié de ces 30 milliards est spécifiquement axée sur la transition écologique.

France 2030 fixe dix objectifs répartis en trois grands axes : « mieux produire », « mieux vivre » et « mieux comprendre le monde ». L’axe « mieux produire » compte à lui-seul cinq objectifs. Il s’agit d’une part de faire émerger en France « des réacteurs nucléaires de petite taille, innovants et avec une meilleure gestion des déchets » : un milliard d’euros doit être investi dans ce domaine d’ici 2030. Il s’agit également de devenir le leader de l’hydrogène vert et de technologies innovantes d’EnR comme les cellules PV ou les composants électroniques pour l’éolien. Près de 2,3 mrds d’euros doivent ainsi permettre au pays de « compter sur son sol au moins deux gigafactories d’électrolyseurs en 2030 et de produire massivement de l’hydrogène et l’ensemble des technologies utiles à son utilisation ». Un autre objectif est de décarboner l’industrie, celle-ci représentant aujourd’hui 18 % des émissions de gaz à effet de serre du pays. Cinq milliards d’euros doivent ainsi être consacrés à réduire de 35 % les émissions de GES par rapport à 2015 avec des focus sur des secteurs particulièrement émetteurs (acier, ciment, chimie…), le développement de matériaux plus durables ou encore l’amélioration du recyclage. Enfin cet axe « mieux produire » compte aussi deux objectifs dans les domaines du transport : l’un d’eux vise à produire autant de véhicules 0 émission que de véhicules thermiques d’ici 2030 (près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides) : pas moins de 2,6 mrds lui sont consacrés. L’autre vise à produire le premier avion bas-carbone pour 2035, l’enveloppe prévue étant d’1,2 mrd.

A côté d’autres objectifs en matière de santé (bio-médicaments, dispositifs médicaux) ou encore de culture (ex. : renforcer la ‘French Touch’ dans la production de contenus), l’axe « mieux vivre » comprend l’objectif d’investir dans une alimentation saine, durable et traçable, avec un montant prévu d’1,5 mrd.

Enfin l’axe « mieux comprendre le monde » recouvre l’objectif pour la France de prendre toute sa part à la nouvelle aventure spatiale (1,55 mrd) et celui d’investir dans le champ des fonds marins avec, en particulier, les questions de l’accès aux métaux critiques mais aussi de l’innovation pour la santé et du biomimétisme (300 M€ dédiés).

 

Cinq conditions sine qua non

Destinée à développer la compétitivité industrielle et les technologies d’avenir, cette vaste feuille de route ne pourra se concrétiser sans tenir compte de plusieurs aspects fondamentaux. D’une part, cela suppose de sécuriser l’accès aux matériaux et matières premières (recyclage du plastique, approvisionnement en métaux critiques, renouvellement forestier), de sécuriser les composants indispensables à l’industrie (doublement de la production de composants électroniques, soutien des projets d’usines 4.0) et de maîtriser les technologies numériques (développement de solutions nationales, appropriation par grand secteur comme l’agriculture, la santé et l’industrie). Cela nécessite également de soutenir l’émergence de talents et d’accélérer l’adaptation des formations aux besoins de compétences nouvelles des nouvelles filières et des métiers d’avenir (renforcement de l’appareil de formation et soutien à l’émergence de pôles IA). Enfin, cela implique de soutenir l’émergence et l’industrialisation de startups déterminantes pour le déploiement de l’innovation (soutien à l’innovation de rupture, accélération des phases ‘industrialisation’ et ‘croissance’).

France 2030 intègre ces différents aspects. C’est là, entre autres, qu’interviennent les 4 milliards d’investissements en fonds propres prévus. Le plan s’appuie notamment sur le dispositif lié au Programme d’investissements d’avenir avec, en particulier, les ‘stratégies d’accélération pour l’innovation’ élaborées dans le cadre de sa quatrième vague  (v. encadré).

A mi-décembre, la question de la budgétisation reste en partie suspendue à la procédure législative du Projet de Loi de Finances 2022 (cf. amendements déposés par le gouvernement). Par ailleurs, la nomination d’un(e) responsable pour piloter l’ensemble est attendue.

 

Les stratégies d’accélération pour l’innovation du PIA4


Engagé depuis 2010 sur la base d’un double principe d’effet de levier et de partage des risques, le Programme d’investissements d’avenir (PIA) a entamé sa quatrième vague début 2021. Dans ce PIA4, 20 milliards d’euros sont ouverts sur cinq ans (11 d’entre eux sont intégrés au plan France Relance de septembre 2020). Le gouvernement apporte des financements directs à des organismes d’enseignement, recherche et innovation (7,5 mrds) et il conduit des investissements exceptionnels dans des secteurs ou technologies d’avenir sous la forme de « stratégies d’accélération pour l’innovation » (12,5 mrds).

Dans les domaines de la transition écologique, la première stratégie d’accélération élaborée est celle dédiée à l’hydrogène décarboné (septembre 2020). Une stratégie « Ville durable et bâtiments innovants » a ensuite été adoptée en mai 2021 puis trois autres à l’automne : « Recyclage et réincorporation de matériaux recyclés » (septembre), « Digitalisation et décarbonation des mobilités » (octobre) et « Produits biosourcés – Carburants durables » (décembre). Notons aussi que deux stratégies sur l’alimentation durable et les systèmes agricoles durables ont été lancées en novembre.

A mi-décembre 2021, trois stratégies sont en consultation : « Décarbonation de l’industrie » (efficacité énergétique des procédés, décarbonation du mix énergétique des industriels avec la chaleur, procédés décarbonés, captage-stockage et valorisation du carbone), « Technologies avancées pour les systèmes énergétiques » (PV, éolien flottant, réseaux énergétiques) et « Verdissement du numérique » (réduction des émissions de GES et des consommations en énergie, eau et matières, développement du reconditionné et de services plus sobres).

NB : les autres stratégies déjà adoptées couvrent des thématiques clés comme la santé, la cybersécurité, les technologies quantiques, l’IA, le cloud ou encore la 5G et les réseaux du futur.

 

Lire aussi  : Plan de relance et PIA4 : quelle articulation pour la transition écologique ?

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