Aujourd’hui, l’écologisation des ports est souvent ramenée au verdissement du transport maritime. Mais au-delà des échanges de flux, c’est tout l’ensemble des activités menées sur les ports et leur hinterland qui est concerné. La transition des territoires portuaires est d’autant plus fondamentale qu’elle s’inscrit dans le rapprochement ville port.

 

L’insertion du port dans son territoire

En France, au niveau européen, la stratégie Economie bleue durable (mai 2021) souligne que tous les secteurs dont les activités portuaires et la construction navale doivent réduire leurs impacts sur l’environnement et le climat. Quelques mois plus tôt, la nouvelle stratégie portuaire adoptée par la France avait fixé l’objectif de faire des ports des maillons majeurs pour renforcer les chaînes logistiques, des outils pour accélérer la transition écologique, des moteurs pour promouvoir la transition numérique et des instruments pour assurer le développement des territoires. Car outre le développement de ses capacités de traitement des marchandises, un port doit faire face aux questions liées à son accessibilité (activités de dragage), à la multi-modalité de sa desserte et à l’aménagement de ses espaces.

 

Les zones portuaires : des territoires aux enjeux multiples

Un territoire portuaire a des enjeux en termes de développement économique, d’aménagement et d’environnement. De grandes étendues foncières sont consacrées aux parcs logistiques et aux entrepôts en lien direct avec les activités portuaires (flux de marchandises, matières premières et énergie). Et historiquement de nombreuses activités industrielles s’y sont développées comme, en particulier, la transformation des hydrocarbures (raffineries, pétrochimie), la production électrique (centrales thermiques), la sidérurgie ou la construction automobile.

 

Des pionniers dans l’écologie industrielle

Les ports ont été les premiers à mettre en place des démarches d’écologie industrielle à la fin du XXe siècle (Kalundborg, Dunkerque…). D’abord menées entre industries (ex. : la vapeur d’une usine permettait d’alimenter une autre usine ou les déchets de l’une servaient de ressources à d’autres), ces « symbioses » se sont progressivement élargies au territoire et aujourd’hui des quartiers, voire de petites communes, sont alimentés en énergie fatale de sites industriels.

 

Villes et port : un lien qui se resserre…

Si le port, en tant que porte d’échanges pour le commerce mondial, a pu être considéré comme une entité économique à côté de la ville, il est maintenant regardé comme un système global, porteur de valeur ajoutée pour le territoire dans son ensemble. C’est d’ailleurs tout ce à quoi travaille l’Association internationale des villes portuaires (AIVP) depuis plus de trente ans (v. ci-dessous). Notons aussi que la démarche Port du Futur menée depuis 2011 par la DGITM* et le Cerema pour promouvoir l’innovation dans le domaine portuaire place les relations port / ville / territoire au coeur de ses principaux enjeux.

 

…notamment sur les enjeux environnementaux et énergétiques

Aujourd’hui, s’il est un domaine où la coopération entre villes et ports a tout son sens, c’est celui de la transition écologique et énergétique et ce, d’autant plus dans le contexte de ré-industrialisation et de souveraineté. La décarbonation et l’économie circulaire constituent deux axes clés de diversification. Outre l’électrification des quais et la transformation des équipements portuaires, la production d’énergies renouvelables ou de nouveaux vecteurs énergétiques comme l’hydrogène est l’une des voies privilégiées, souvent sur d’anciens sites dédiés à la transformation des énergies fossiles. Il peut s’agir de la fabrication et de l’assemblage de composants d’éoliennes mais aussi de la construction et de l’aménagement de sites nécessités par la production d’énergies en mer et leur maintenance (v. encadré). D’autres démarches portent sur le captage et stockage du CO2 et d’autres encore concernent la valorisation des biodéchets en biométhane.

 

Quelques exemples d’actions


Exemple emblématique, l’usine du Havre dédiée à l’éolien en mer associe production de pales et assemblage de nacelles et permettra d’alimenter cinq des six projets éoliens offshore en cours de développement en France. Autre exemple, Port-la-Nouvelle étudie l’installation d’une usine de production et de stockage d’hydrogène pour l’alimentation des transports lourds et des activités portuaires et crée par ailleurs un nouveau système (terre-plein, front de mer et dragage associé) pour accueillir au mieux les opérations liées à l’éolien en mer. De son côté, Anvers-Bruges qui avait reconverti un ancien site General Motors en espace consacré aux projets d’économie circulaire, entend se positionner comme un hub européen de l’hydrogène vert.

 

Vers des villes portuaires durables

Créée en 1988 par Antoine Rufenacht alors maire du Havre, l’Association internationale des villes portuaires (AIVP) s’attache à améliorer la relation entre la ville et le port via une coopération mutuelle pour un développement urbain, portuaire et économique plus durable, responsable et innovant. Elle réunit aujourd’hui 200 membres dans plus de 50 pays (autorités urbaines, autorités portuaires et partenaires). En 2019, elle a déposé à l’ONU l’Agenda 2030 AIVP qui adapte les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) dans le contexte spécifique des relations Ville Port. L’initiative part du constat que les villes portuaires, particulièrement concernées par les conséquences du changement climatique (vulnérabilité aux submersions, inondations, tempêtes…), sont bien placées pour expérimenter des solutions innovantes dans ces domaines. L’agenda est ainsi décliné autour de dix engagements parmi lesquels l’adaptation au changement climatique, la transition énergétique et l’économie circulaire, la mobilité durable, la protection de la biodiversité, la santé et la qualité de vie. L’association, qui vient de lancer un cycle de formation spécialisé (v. encadré), crée un prix qui viendra récompenser une opération d’aménagement Ville Port remarquable dès 2023.

 

Un e-learning dédié aux villes portuaires durables


L’AIVP a lancé cette année un programme de cours à distance « Villes portuaires durables » en partenariat avec l’International Institute of Port Cities. Ce programme, qui s’appuie sur cinq cours successifs*, s’attache à fournir une compréhension systémique et interdisciplinaire des villes portuaires, à mettre en perspective les problématiques rencontrées par les acteurs dans leur pratique professionnelle en les contextualisant et les comparant et contribue à développer la réflexion sur les moyens d’avancer vers une ville portuaire plus durable.

* Gouvernance des villes portuaires ; Economie durable des villes portuaires ; Environnements urbain et naturel des villes portuaires ; Patrimoines et cultures des villes portuaires ; Prospective des villes portuaires

*Direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités (ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires)

 

Aller plus loin

Olivier Lemaire, alors directeur général de l’AIVP, s’est livré à un intéressant exercice de prospective (« Quelle ville portuaire en 2050? ») en conclusion d’un ouvrage* publié en 2021 par la fédération nationale des agences d’urbanisme. La FNAU compte de nombreux clubs et groupes de travail thématiques dont le Club Territoires maritimes et portuaires, créé en 2009 à l’initiative des agences du Havre et de Marseille.

*« Port, villes et transitions », Points FNAU 13, coll. Alternatives, Gallimard, 2021

 

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